Le début de notre séjour en Guyane se trouve à l'adresse:
http://leroux.over-blog.net/

Et ce blog ayant atteint sa capacité maximum de stockage, la suite de notre "aventure" se trouve sur:
http://docler2.blogspot.com/

.............Et en bonus, les pays que nous avons visité
en Amérique du Sud.
2008. Le Chili:
http://lerouxchili.blogspot.com/
2010. Le Pérou:
http://lerouxauperou.blogspot.com/


lundi 23 février 2009

96 - Vie quotidienne...

La vie est parfois compliquée à St Laurent...

Il y a quelques jours, je suis allée à Kourou, 400 kms (4h30 de voiture). Pourquoi? Pour aller chez le dentiste !!! Et oui! Il y a quelque temps, je me suis cassée une dent et j'espérais pouvoir attendre la visite annuelle chez mon dentiste à Vannes. Que nenni ! Cette dent de "sagesse" me chatouillait de plus en plus et comme il n'y a qu'un dentiste à St Laurent dont la réputation terrible n'incite pas à consulter, il a bien fallu que j'aille à Kourou.

Le spectacle des champs d'héliconias en fleur m'a consolée d'avoir à faire cette route.

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Lu en Bretagne: Ne pas confondre Carnaval et Manifs...

______________________________________________________ Le chômage en Guyane... Quelques chiffres interessants... ______________________________________________________ Première brioche réussie en deux ans d'essais... Il fallait bien en parler surtout que c'est Dominique qui l'a faite ! Le miracle ? Saviez vous qu'il existait de la levure de boulanger "instantanée" ? _________________________________________________ Voulez vous acheter un serpent ? Promenade dans le village amérindien "Espérance", nous nous faisons arrêtés par des jeunes qui veulent nous vendre un serpent vivant, lové autour d'un baton... - "... un "tranquille", madame... vous n'en voulez pas ? " - "Heu... non merci..." Je ne sais pas de quelle espèce il s'agissait. Après tout, nous aurions peut-être essayer de l'apprivoiser pour chasser les souris qui courent en ce moment dans la cuisine... ____________________________________________________ Les chinois et les jeux d'argent. Nous sommes régulièrement réveillés par les aboiements de Bouba ou Dalai et nous ne manquons pas de jeter un coup d'oeil alentour et nous nous demandions ce que pouvaient faire ce groupe de chinois, les nuits de samedi à dimanche, dans un appartement pas très loin de chez nous, assis autour d'une table, jusqu'à 6h du matin. Rires, éclats de voix... Et bien, nous venons d'apprendre qu'ils jouaient d'importantes sommes d'argent aux dominos ou aux dés... Certains y auraient même perdu leur magasins. (Ici, comme ailleurs, les chinois sont tous commerçants.) Je viens d'apprendre qu'en décembre dernier, l'un d'entre eux avait même joué sa femme... et l 'avait perdue !!! Elle est maintenant partie "travailler" pour un autre commerce "chinois" !

dimanche 22 février 2009

95 - Carnaval... suite et bientôt fin...(Dimanche 22 février)

Le Carnaval a commencé le 4 janvier... et va se terminer mercredi prochain avec l'enterrement de "Vaval". Tous les dimanches, il y a un défilé dans les rues de Cayenne, de Kourou et de St Laurent. Les groupes s'y préparent toute l'année et ont à coeur de changer leurs costumes chaque semaine. Les vendredis, samedis et dimanches soir, pendant toute cette longue période de 8 semaines, il y a des bals....Bal des Touloulous (femmes entièrement dissimulées sous un costume particulier). Bal des Tololos (même chose pour les hommes). Bal "paré-masqué". Bal "normal"... En passant, il faut dire que notre quartier est alors inondé de musique de 23h à 6h du matin... Encore que cette année, le niveau sonore est tout à fait raisonnable, comparé aux années précédentes... Donc, ce défilé dominical est le dernier avant celui de demain: lundi gras ( sur le thème du "mariages burlesques"), celui de mardi gras ( sur le thème des diables rouges) et celui du mercredi des cendres pour l'enterrement du Roi du Carnaval. Voici quelques images de ce défilé du jour à St Laurent.

Le groupe des Pirates...

Les "Belles du Maroni"... sans leurs soutien-gorges habituels...

Les "hommes de la nature", aujourd'hui peints en turquoise, devant notre marché. Parmi eux, notre copain Jocelyn. Les "jet'farine" qui dégagent le passage en lançant de la farine sur les spectateurs qui ne restent pas sur les trottoirs. Les "Belles du Maroni" revenues pour escorter le groupe musical de notre Maire qui va entraîner le "Vidé" final. (Tout le monde est invité à suivre ce groupe en chantant et en dansant.)

Ces défilés sont l'occasion de rencontrer les amis et de grignoter des trucs pas toujours à notre goût. Mais il faut bien essayer. Ce soir, c'était des "feuilletés aux crevettes"; pâte soufflée avec quelques minuscules crevettes séchées et hypersalées. Nous avons aussi ramené des "marinades à la morue"; genre d'acras.

D'autres photos du carnaval St Laurentais dans mon article de février 2008:

http://docler.blogspot.com/2008/02/66-carnaval-carnaval-et-encore-carnaval.html A très bientôt pour le final de cet évènement... si important pour les Guyanais.

jeudi 19 février 2009

94 - Le cinéma à St Laurent.

Hier soir, j'ai été avec une copine voir
"Sept vies" réalisé par Gabriele Muccino Avec Will Smith, Rosario Dawson, Woody Harrelson.
au cinéma de St Laurent.
C'était la première fois et ce fut un amusant retour en arrière d'une quarantaine d'années .
Pourquoi ? Parce que cela m'a rappellé mon enfance... le cinéma de "La Garenne"...
Il vient pourtant d'être rénové... en tout cas extérieurement...
Petite salle défraichie... Fauteuils inconfortables, usés... Mur du fond percé d'un grand trou pour laisser passer la caméra... Bruit de la machinerie (on l'oublie très vite)... L'odeur de moisi en plus...
En fait, j'ai trouvé ça très rigolo...
En plus le film était très bien, mené par de très bons acteurs.
Nous étions une dizaine à la séance d'hier soir et il n'y avait que 2 personnes à la séance précédente !
Je souhaite vraiment une longue vie à notre unique cinéma qui vient d'être repris en septembre dernier après presque deux années de fermeture.

dimanche 15 février 2009

93- Week End à Cayenne et la Saint Valentin

Depuis le temps que nous devions aller à Cayenne... Cela fait presque un an que nous n'avions pas été là-bas pour y faire des emplettes. Or, il y a pleins de trucs qu'on ne trouve pas à St Laurent. En plus, la portière de la kangoo ne fonctionne toujours pas ( cela fait 10 mois... je vous passe les déboires que nous avons avec le concessionnaire de St Laurent...) et bien que cette réparation doive se faire sous garantie, nous devons récupérer la pièce là-bas... ne cherchez pas à comprendre... c'est la Guyane! Donc, c'est décidé ! On y va ! Ah, c'est la St Valentin. On n'y avait pas pensé! Et bien, nous en profiterons pour fêter ça dans un bon restaurant. Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille... Avant même de partir, nous avons quelques inquiétudes: 1/ Espérons qu'il ne va pas y avoir de blocages des routes, comme en décembre dernier. Je connais une amie qui est restée "coincée" 10 jours à Cayenne, sans pouvoir rentrer chez elle. Allons nous trouver de l'essence ? Il y a pénurie dans certaines stations à cause du rush des consommateurs suite aux rumeurs de grève qui circulent... 2/ Il m'est très difficile de trouver un hôtel: Ils sont complets pour la plupart ! Toujours à cause de la St Valentin. Nous dormirons donc au Novotel ! La classe !! 3/ Ne parlons pas des restaurants pour samedi soir ! Nous finissons par réserver une table au "Rendez vous", restaurant assez bien coté sur Rémire-Montjoly, à coté de Cayenne. Et c'est parti... 4/ Le garage Renault de Cayenne est en grève. Nous n'aurons encore pas notre pièce... 5/ Nous passons l'après midi dans les magasins... Chez bricorama... -"Je voudrais une ponceuse, s'il vous plaît, laquelle me conseillez-vous ?" -"C'est pour poncer ?" -"????????????????, oui, monsieur, c'est pour poncer!" -"..............." -"Celle-là à l'air bien, on la prend. Vous avez le papier abrasif qui va avec?" -" Ah ben, non !" -"Bon, ça va, on vous laisse la ponceuse !" -.................... Nous arrivons au restaurant... 6/ Un seul menu "de la St Valentin": 65 euros par personne! Ouh là là ! ....Allez, ne soyons pas radins, la St Valentin, l'anniversaire de Dominique très bientôt... après tout... Le menu: Apéritif avec ses amuses-gueules. Aumonière de chêvre chaud. Duo de la mer (crevettes et coquilles St Jacques) et sa garniture. Fondant au chocolat, glace maracudja. Coupe de champagne. 7/ Seulement quatre petits amuses-gueules différents, très bons d'ailleurs. Nous ferons donc "moit- moit"! Après tout, on a toujours tout partagé, non ? 8/ Le vin est en plus. Nous commandons un vin blanc. La serveuse demande à Dominique de l'ouvrir car elle ne sait pas faire. Il est à peine frais et nous sommes obligés de réclamer un seau à glaçons ... Nous sommes en Guyane, n'oubliez pas... Je ne vous dis pas les inondations pour se servir... Notre petite serveuse, très gentille heureusement, a oublié la serviette qui va avec. 9/ L'eau aussi est en plus. Et là, incroyable! Elle nous amène une bouteille d'eau de couleur bleue...remplie de ... punch... enfin ce que je définis comme étant du punch, délicieux d'ailleurs ! Il est vrai que l'on ne voyait pas le contenu au travers. 10/ Quand on lui fait remarquer son erreur, elle me dit qu'elle ne nous comptera pas le verre que j'ai bu !!!! Le comble ! 11/ En souriant, je lui réclame la recette de ce punch délicieux. Elle nous soutient que c'est seulement du jus de maracudja ! Incroyable ! Le verre est blanc du lait de coco, la boisson est bien alcoolisée... Bon, passons... Nous avons décidé de garder notre bonne humeur ... Le spectacle est dans la salle... Désorganisation totale... Inéfficacité de tout le personnel... Erreurs en tout genre...Flegme de tous les clients... Surréaliste ! 12/ Nous attendons plus d'une heure notre plat de résistance et il arrive froid ! Nous n'avons pas du tout envie de faire un scandale mais vu le prix du menu.... Nous faisons remarquer à notre "gentille serveuse" que c'est vraiment dommage. Car le cuisinier est certainement talentueux, tout est très bon. Et ça continue... 13/ Quand la note arrive, le compte n'est pas bon. La "responsable" a compté notre bouteille d'eau à 40 euros au lieu de 4 ! 14/ Nous sommes bien le 14 février, non ? Et bien, pour finir en beauté, elle annonce à Dominique qu'il est impossible de payer par carte bancaire, son lecteur vient de tomber en panne !! Vous avez souvent 160 euros en espèce sur vous, vous ?? Nous, non! Heureusement, j'avais un chèque... en dépannage. Qu'il est bon d'être prévoyante ! Je ne ferai pas de commentaires mais je crois que cette St Valentin restera très longtemps dans notre mémoire..........

lundi 2 février 2009

92 - Santé. Les Ndjukas, leur corps et la maladie.

Mes deux derniers articles ayant parlé de "maladie", je vais poursuivre sur le sujet pour vous faire connaître la représentation qu’ont les Ndjukas de leur corps et de son dysfonctionnement. Cette approche me semble si intéressante que je n’y résiste pas à vous la faire partager… Le corps est sous influence de forces « naturelles »( hygiène, alimentation, froid, médicaments occidentaux, fumées de la fusée Ariane. La fumée du bois ne produit pas de maladies…) mais aussi « d’entités spirituelles », de « tabous » (consommer de la nourriture offerte aux ancêtres, sorcellerie, pot de chambre empoisonné par un tiers, un esprit dérangé par la coupe d’un abattis où une dispute dans le ménage…). Différents « esprits de la terre » sont particulièrement concernés : L’« Akaa ».Principe vital personnel et unique. L’Akaa anime chaque partie du corps et est perceptible à la fontanelle du bébé. Il est relié au cœur et siège aussi dans les gros orteils. Il se fâche facilement et donc s’affaiblira mais on peut le renforcer par des offrandes. Il peut être volé par un sorcier. On peut l’attaché au corps par ligotage. Il voyage la nuit : ce sont les rêves. L’Akaa ne doit pas être effrayé par un choc émotif trop grand. La mère le renforcera en crachant du maïs mâché sur la fontanelle du bébé. Il est renforcé par des offrandes sur la tête du bébé. Il repartira à la mort par la fontanelle, planera trois jours au dessus du corps puis s’en ira en faisant sauter des bouteilles. Il pourra se réincarner dans les trois premières années après le décès sous forme de « Nenseki ». Le « Nenseki » est un ancêtre réincarné. Il touche surtout les enfants. Les « Nenseki » sont les esprits qu’il hérite physiquement de ces aïeux. Tout cela arrive par le ventre de la mère. Les « Nenseki » étant des morts, ils veulent s’incarner dans l’enfant en lui donnant la marque de la condition de sa mort. Un ancêtre mort par accident de la route fera naître un enfant avec une oreille de travers et un œil en moins. Il en est de même de ces conditions de vie en reproduisant chez l’enfant les maladies dont il souffrait. C’est comme un fantôme dont l’enfant ne pourra se libérer qu’à l’âge adulte. La forêt et l’eau grouillent d’esprits. L’« Anansi » (l’homme araignée) qui rend certaines personnes maigres, d’autres grosses. On peut être contaminé si on marche sur l’urine d’un malade. La « Terre mère » (« Goonmama ») sous la forme du « serpent boa » (« Papa gadu ») C’est un esprit de lieu et son « locus » est l’endroit ou l’enfant devenu adulte, devra célébrer son culte. La femme ne doit pas s’introduire dans son territoire, ni l’offenser. Surtout si elle est menstruée. La mort d’un serpent est grave. C’est pourquoi ils en ont très peur car ils ne peuvent pas le tuer. La « maladie » due à cet esprit là portera sur le ventre de la femme. Grossesse difficile, mort en couches, enfant handicapé, enfant ayant une intolérance grave à un aliment particulier. Il y a aussi l’esprit « de la termitière », celui de la « liane », d’une flaque d’eau à poissons, du caïman, du fromager etc… Manger un aliment « tabou » hérité du père (tous les enfants d’un même père héritent du même aliment « tabou ») peut entraîner la lèpre. La prévention est très importante. Le guérisseur était payé pour maintenir ses patients en bonne santé. Le diagnostic et la maladie est l’affaire de tous. On en cherche la cause à tous les niveaux : celui du malade lui-même, de son entourage puis de la communauté. On recherchera aussi du coté des ancêtres. Il n’y a pour ainsi dire pas d’auscultation et aucun interrogatoire du malade. 74 maladies environ sont reconnues comme telles. Aucun organe interne ne fait l’objet d’examen sauf quand une femme meurt en couche. Il faut alors impérativement extraire le fœtus, malgré la terreur que cela leur inspire. Une maladie ou un accident brutal à toujours une dimension socio-cosmique. Certains diagnostics vont malheureusement à l’encontre de la guérison. Si un enfant souffre de malnutrition car sevré trop rapidement à cause d’une nouvelle grossesse, on le fera vomir. Car on pense que l’enfant a été empoisonné par le lait de la maman enceinte. Le nouveau fœtus, encore à l’état d’esprit, empoisonne le lait par ses excréments. De la conception à la mort. La conception résulte de la réaction d’un esprit à l’intrusion d’une femme sur son territoire. Une parcelle de cet esprit, son « Bon gadu » veillera sur le bébé. Les conditions de l’accouchement sont influencées par des gestes symboliques : enjamber une femme enceinte « ferme le passage du bébé ». L’absorption du gombo, légume très gluant, ainsi que l’œuf et la banane, facilite l’accouchement. Certains aliments le rendront plus difficile. Si la femme goûte la soupe au dessus de la casserole, la nourriture montera à la tête de l’enfant et il aura une grosse tête (hydrocéphalie). Personne ne doit passer derrière elle pendant sa grossesse sinon l’enfant louchera. Personne ne devra la réveiller brusquement, sinon l’enfant aura des convulsions. La grossesse est considérée comme une maladie (siki) et comme une période intérimaire au dénouement indécis, important pour elle et son bébé mais aussi pour tout le corps social. Elle est donc à la fois vulnérable mais très puissante. Les relations sexuelles sont encouragées pendant la grossesse car elles sont censées alimenter le fœtus et aider l’accouchement en ouvrant le passage. Un mari qui ne s’occuperait pas bien de sa femme sera atteint de problèmes dermatologiques. Si la mère n’extériorise pas un problème, l’enfant naîtra avec le cordon autour du cou. Une maladie qui n’est pas soignée peut se transformer en maladie différente et plus grave. La mort résulte d’une transgression commise par la personne elle-même ou par un membre de sa lignée. Elle peut venir aussi d’un acte de sorcellerie d’un vivant. Un bain, après la levée du deuil autorise la reprise des rapports sexuels. Il faut aussi que les tissus rouges mis à cette occasion autour des poignets et des chevilles, tombent. Les différentes parties du corps et leurs symboliques. Opposition très nette entre le HAUT et le BAS. Le haut (tête (ede), nuque, poitrine, épaules, le dos) tient et maintient en vie la personne. Le bas (ventre et organes génitaux) accueille les futures vies, les maladies et la mort. Les « pieds-jambes » appartiennent aux deux à la fois. Opposition aussi entre DROITE et GAUCHE. La main droite mange, la main gauche essuie. Opposition également entre AVANT et ARRIERE que nous retrouverons aussi dans l’organisation des habitations. Division en trois parties essentielles : tête, souffle-du-cœur et ventre. La peau, enveloppe, distribue et reçoit les mauvaises influences de l’extérieur. La tête ou le visage (fosi). Spiritualité. Siège de l’Akaa. Parfois le siège de maladies reconnues (vertiges, convulsions, épilepsie). Le plus souvent, c’est l’Akaa qui fuit. Les yeux sont nets si l’Akaa est bon, troubles si la personne est possédée. Les yeux sont des orifices privilégiés à l’entrée et à la sortie des esprits. Un animal interdit ne doit pas être regardé, ni touché, ni avalé. La bouche est aussi un orifice très important qui conduit toute chose au ventre. La parole est très importante. Elle véhicule les bons et les mauvais échanges au sein du groupe. Elle peut aussi dissimuler pour protéger. Une femme menstruée ne pourra pas monter dans une pirogue sauf il elle le cache. « Mofu bita » (bouche amère) amène la personne à cracher souvent. Un torticolis peut être du à une chute du larynx (qui, comme le cœur et la matrice, peut « tomber de coté »). Il doit y avoir beaucoup de bouches amères à St laurent du Maroni !! Le « souffle-du-cœur ». Pensée-émotion-motivation individuelle. Le chagrin, la rancune, la colère, l’envie, la jalousie, la passion amoureuse le perturbe. La tendresse, l’affection sont bons pour lui. L’Akaa retient le cœur. Si il fuit, il le lâche et il tombe. L’auscultation, là, est importante pour savoir si il faut le remonter par des massages,, des cataplasmes, des remèdes. Il est alors tenu en place par des bandes. S’il tombe sur le ventre, il coupe l’appétit. Une charge trop lourde où un trop gros effort peut aussi le « décrocher » ! Ahhhhhhhhhh, je comprends ! Il n’y a pas que la chaleur !! Organe creux, il peut être envahi par le vent, le froid, les vers. Il peut aussi absorbé de l’eau dans sa chute. (Oppression, fatigue, asthme, douleurs gastriques…) Le « souffle-du-cœur » est au centre de l’aspect mécanique d’un symptôme (victime sans l’intervention d’un esprit) et d’un aspect socio-métaphysique qui dérange un esprit qui le punit. Le Sang. Il est la force vitale, énergétique : le Kaakti. Il est le support de la transmission héréditaire et métaphysique. Il est le lien avec les instances cosmiques. Le nouveau né doit avoir le front et les membres badigeonnés avec le sang du cordon ombilical. Le placenta devra être enterré derrière la maison pour ne pas être dévoré par les chiens, ce qui mettrait fin à la vie du nouveau né. Ce placenta est censé être un coussin pour l’enfant et une protection pour la mère contre les coups du fœtus. La belle couleur rouge du sang est très importante. Il faut toujours faciliter l’écoulement de ce sang, à toutes occasions : ouvrir les furoncles, prendre des plantes qui liquéfient le sang… Le Dos. Il représente l’autorité-pouvoir, l’appui spirituel, le soutien et la solidité. Il est très malmené par le travail à l’abattis mais aucune interprétation n’est faite en cas de douleur. Le Ventre. C’est toute la partie située sous le « souffle-du-cœur ». C’est une zone primordiale. Il n’y a pas de distinction entre la matrice et le ventre. Le ventre de l’homme ne peut recevoir que des influences destructives. Celui de la femme est porteur de toutes les implantations transformatrices. Il « doit » être plus important en volume que celui de l’homme. Est-ce un peu pour ça que je vois les femmes, ici, arborer fièrement leur gros ventre, même en dehors d’une grossesse. Il est d’ailleurs très difficile de savoir si elles sont enceintes ou non. La grossesse est désignée par « abi pinkin béé, abi bigi béé, towé béé » (avoir petit ventre,avoir un gros ventre, faire tomber le ventre= avorter). L’hystérectomie est très mal vécue. Le « ventre » est aussi le corps social de la lignée maternelle. La grossesse de l’une des femmes entraîne un renflement symbolique à un ongle d’une autre femme de la même lignée. Le ventre est habité par des « vers »(vrais vers et bactéries ?). Certains sont bons, d’autres méchants. Le gros intestin semble être un de ces « gros vers ». Le nombre utile de vers est bien précisé pour chaque individu. Ce nombre augmentent trop en cas d’alimentation mal adaptée et ils remontent alors dans les poumons et le « souffle-du –cœur ». Ils causent alors des spasmes (atteintes pulmonaires) puis des nausées (quand ils cherchent à sortir). Le « ventre » peut enfler, se déplacer (règles douloureuses), tomber et boucher les orifices inférieurs (stérilité). Il peut être ensorcelé ou possédé par un esprit qui le dévore. Le « vent » (ou « froid » ou « air ») est extrêmement important, contraire à la vie et c’est le moyen de transport des maladies divines. Malgré la fréquence des fièvres sous ce climat équatorial, le froid est beaucoup plus craint que la fièvre sur le plan symbolique. Le ventre est creux et donc très vulnérable au froid, à l’air, dont il peut se remplir, surtout quand il est vide (en dehors d’une grossesse ou quand on ne mange pas assez souvent). C’est peut-être ce qui explique pourquoi nous voyons ces femmes toujours enceintes (sans parler des allocs) et toujours en train de manger (d’où un diabète, une obésité et des maladies cardiovasculaires extrêmement fréquentes en Guyane du fait du changement d’alimentation).
Les esprits et les morts peuvent s’y installer et y semer des maladies dont la liste est très longue. « L’esprit de la termitière », une « liane entortillée » peuvent si introduire mais sans féconder. Les femmes, en prévention, s’asseyent matin et soir au dessus de bains de plantes chauds. Ces ablutions ont aussi pour buts de se débarrasser des secrétions vaginales, très mal vues des esprits et de rétrécir le vagin pour le plus grand plaisir de leur(s) partenaire(s). Le don du « pot de chambre » fait partie, comme le don du pagne, du rituel signant le passage au statut de femme. Après un accouchement, le ventre élargi par la grossesse est particulièrement vulnérable. Les accouchées ne boivent que de l’eau tiède pendant trois jours et ensuite bouillie et rafraîchie pendant trois mois. Elles ne peuvent se baigner dans le fleuve qu’au bout de trois mois et seulement le midi quand l’eau est bien chaude. Enfin, pendant huit mois, elles portent une étoffe entre les jambes pour empêcher le froid de rentrer. J’ai enfin compris la signification de cette ceinture de ficelle, à laquelle est rattaché un bout de tissu, que je voyais chez beaucoup de mes patientes. Et j’ai aussi compris pourquoi toute mobilisation des jambes en écartement était parfois très difficile à faire accepter : Elle permet au « froid » de rentrer. Les « pieds-jambes ». Ils conduisent le froid et les maladies vers le « ventre » et le « souffle-du –cœur ». On s’enduit parfois les jambes de kaolin pour les « resserrer », les « fermer ». Les pieds sont « l’autre extrémité », avec la tête, de la spiritualité, à cause de leurs contacts avec la « terre-mère ». Ils sont très souvent le siège de maladies psychosomatiques. La peau. C’est l’enveloppe qui fonctionne comme un orifice, au même titre que la bouche, l’œil, le vagin. Elle peut donc laisser entrer les maléfices et les maladies. S’asseoir sur un banc préalablement occupé par une personne malade peut entraîner des MST. Les bains de plantes sont préférés aux breuvages. Sa couleur est très importante. Sa trop grande blancheur évoque les morts, censés être blancs, Les échanges avec le milieu. Odeur, sueur, urines, selles, lait maternel, sang menstruel, sécrétions sont d’une importance capitale sur le plan mécanique, bien sûr, mais aussi sur le plan spirituel. Elles peuvent servir de médium. Les effluves d’un cadavre peuvent être mortelles pour les fossoyeurs qui ne s’en protègent pas. Toutes les excrétions et déjections peuvent « offenser » les esprits. Leur libre circulation doit être assurée sous peine de « pourriture ». La société doit se protéger de la promiscuité de ces substances, surtout de celles venant de la femme. L’arrière de la maison leur est réservé. Les femmes menstruées (pas les jeunes filles, ni les femmes ménopausées) doivent se tenir au fond du quartier ou du village. Attention aux MST si on s’asseoit sur un banc après une personne malade. Attention si on met ses sous vêtements, même lavés. Attention si on marche sur son urine. Les selles d’adultes sont les plus puissantes ; Le « sorcier » est celui qui défèque dans la maison ou sur le chemin menant à l’abattis de sa victime. Le sperme n’est porteur d’aucune maladie ou malédiction, alors que la femme, elle, est astreinte à des ablutions matin et soir. Un homme ne s’essuiera jamais avec une serviette, même lavée, qui aura servie à sa femme. Aucun ustensile de cuisine ne doit pas avoir été posé sur un banc, une chaise ou un lit où aurait pu s’asseoir une femme. La femme, le lendemain de ses règles, se recouvre de kaolin sur les épaules et le sternum pour annoncer qu’elle « est sortie de la maison de la lune ». L’abstinence sexuelle est de mise, pour les deux sexes, pour le patient et pour le soignant, toute la durée de certains soins. La nourriture et le rapport sexuel sont mis sur un même plan : « on met du sel dans la casserole, il y a du sucre sur le biscuit… ». Les deux sont très symboliques. ……………. Et actuellement, en 2009, qu’en est-il ? Dans une société en perte de ses manifestations de spiritualité positive, les rites d’affliction et les cultes anti-sorciers représentent la majorité des cérémonies. Avec une population de plus en plus urbaine, ou migrante entre la côte et les villages, la sorcellerie « bakuu » est très pratiquée. Des noirs marrons jaloux ou envieux achètent des petits bonhommes fabriqués moitié de bois, moitié de chair humaine et animé d’un fantôme pour rendre malade et tuer.. Le diagnostic intra utéro n’est pas toujours pris en compte car un esprit peut embrouiller le médecin ou l’écran. Le diabète devient de plus en plus fréquent avec l’abandon d’un régime basé sur les produits de l’abattis, de la collecte, de la chasse et de la pêche. Avant les années soixante, les adultes appréciaient peu les sucreries, sodas, chips… Quand il est diagnostiqué, il est soigné à la fois par la médecine occidentale et par les plantes traditionnelles. En cas d’hospitalisation de longue durée, les esprits sont parfois accusés de retarder les résultats d’examens et amènent parfois à arrêter les traitements. Le lit du malade est un véritable forum social d’examens de conscience et d’accusations mutuelles.
… Toute interprétation exige de la foi. Ainsi les certitudes du médecin ne le sont que pour lui. Ce qui nous est plus familier nous paraît plus vraisemblable…. Vous m’avez lu jusqu’au bout ? Bravo ! Si vous voulez en savoir plus, sachez que cet article n’est qu’un bref condensé d’un livre très riche et un peu complexe écrit par D. Vernon. 1992 « Les représentations du corps chez les noirs marrons Ndjukas du Surinam et de la Guyane française ».

Sur le marché de St Laurent.

Quand trouver tel ou tel produit frais sur le marché ?
Consulter l'article "Le marché de St Laurent" dans la colonne de droite.
Vous pouvez aussi voir toutes les photos "gastronomiques" avec leurs légendes sur:
http://picasaweb.google.com/cdleroux/GastronomieEnGuyane#