Le début de notre séjour en Guyane se trouve à l'adresse:
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Et ce blog ayant atteint sa capacité maximum de stockage, la suite de notre "aventure" se trouve sur:
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en Amérique du Sud.
2008. Le Chili:
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lundi 2 février 2009

92 - Santé. Les Ndjukas, leur corps et la maladie.

Mes deux derniers articles ayant parlé de "maladie", je vais poursuivre sur le sujet pour vous faire connaître la représentation qu’ont les Ndjukas de leur corps et de son dysfonctionnement. Cette approche me semble si intéressante que je n’y résiste pas à vous la faire partager… Le corps est sous influence de forces « naturelles »( hygiène, alimentation, froid, médicaments occidentaux, fumées de la fusée Ariane. La fumée du bois ne produit pas de maladies…) mais aussi « d’entités spirituelles », de « tabous » (consommer de la nourriture offerte aux ancêtres, sorcellerie, pot de chambre empoisonné par un tiers, un esprit dérangé par la coupe d’un abattis où une dispute dans le ménage…). Différents « esprits de la terre » sont particulièrement concernés : L’« Akaa ».Principe vital personnel et unique. L’Akaa anime chaque partie du corps et est perceptible à la fontanelle du bébé. Il est relié au cœur et siège aussi dans les gros orteils. Il se fâche facilement et donc s’affaiblira mais on peut le renforcer par des offrandes. Il peut être volé par un sorcier. On peut l’attaché au corps par ligotage. Il voyage la nuit : ce sont les rêves. L’Akaa ne doit pas être effrayé par un choc émotif trop grand. La mère le renforcera en crachant du maïs mâché sur la fontanelle du bébé. Il est renforcé par des offrandes sur la tête du bébé. Il repartira à la mort par la fontanelle, planera trois jours au dessus du corps puis s’en ira en faisant sauter des bouteilles. Il pourra se réincarner dans les trois premières années après le décès sous forme de « Nenseki ». Le « Nenseki » est un ancêtre réincarné. Il touche surtout les enfants. Les « Nenseki » sont les esprits qu’il hérite physiquement de ces aïeux. Tout cela arrive par le ventre de la mère. Les « Nenseki » étant des morts, ils veulent s’incarner dans l’enfant en lui donnant la marque de la condition de sa mort. Un ancêtre mort par accident de la route fera naître un enfant avec une oreille de travers et un œil en moins. Il en est de même de ces conditions de vie en reproduisant chez l’enfant les maladies dont il souffrait. C’est comme un fantôme dont l’enfant ne pourra se libérer qu’à l’âge adulte. La forêt et l’eau grouillent d’esprits. L’« Anansi » (l’homme araignée) qui rend certaines personnes maigres, d’autres grosses. On peut être contaminé si on marche sur l’urine d’un malade. La « Terre mère » (« Goonmama ») sous la forme du « serpent boa » (« Papa gadu ») C’est un esprit de lieu et son « locus » est l’endroit ou l’enfant devenu adulte, devra célébrer son culte. La femme ne doit pas s’introduire dans son territoire, ni l’offenser. Surtout si elle est menstruée. La mort d’un serpent est grave. C’est pourquoi ils en ont très peur car ils ne peuvent pas le tuer. La « maladie » due à cet esprit là portera sur le ventre de la femme. Grossesse difficile, mort en couches, enfant handicapé, enfant ayant une intolérance grave à un aliment particulier. Il y a aussi l’esprit « de la termitière », celui de la « liane », d’une flaque d’eau à poissons, du caïman, du fromager etc… Manger un aliment « tabou » hérité du père (tous les enfants d’un même père héritent du même aliment « tabou ») peut entraîner la lèpre. La prévention est très importante. Le guérisseur était payé pour maintenir ses patients en bonne santé. Le diagnostic et la maladie est l’affaire de tous. On en cherche la cause à tous les niveaux : celui du malade lui-même, de son entourage puis de la communauté. On recherchera aussi du coté des ancêtres. Il n’y a pour ainsi dire pas d’auscultation et aucun interrogatoire du malade. 74 maladies environ sont reconnues comme telles. Aucun organe interne ne fait l’objet d’examen sauf quand une femme meurt en couche. Il faut alors impérativement extraire le fœtus, malgré la terreur que cela leur inspire. Une maladie ou un accident brutal à toujours une dimension socio-cosmique. Certains diagnostics vont malheureusement à l’encontre de la guérison. Si un enfant souffre de malnutrition car sevré trop rapidement à cause d’une nouvelle grossesse, on le fera vomir. Car on pense que l’enfant a été empoisonné par le lait de la maman enceinte. Le nouveau fœtus, encore à l’état d’esprit, empoisonne le lait par ses excréments. De la conception à la mort. La conception résulte de la réaction d’un esprit à l’intrusion d’une femme sur son territoire. Une parcelle de cet esprit, son « Bon gadu » veillera sur le bébé. Les conditions de l’accouchement sont influencées par des gestes symboliques : enjamber une femme enceinte « ferme le passage du bébé ». L’absorption du gombo, légume très gluant, ainsi que l’œuf et la banane, facilite l’accouchement. Certains aliments le rendront plus difficile. Si la femme goûte la soupe au dessus de la casserole, la nourriture montera à la tête de l’enfant et il aura une grosse tête (hydrocéphalie). Personne ne doit passer derrière elle pendant sa grossesse sinon l’enfant louchera. Personne ne devra la réveiller brusquement, sinon l’enfant aura des convulsions. La grossesse est considérée comme une maladie (siki) et comme une période intérimaire au dénouement indécis, important pour elle et son bébé mais aussi pour tout le corps social. Elle est donc à la fois vulnérable mais très puissante. Les relations sexuelles sont encouragées pendant la grossesse car elles sont censées alimenter le fœtus et aider l’accouchement en ouvrant le passage. Un mari qui ne s’occuperait pas bien de sa femme sera atteint de problèmes dermatologiques. Si la mère n’extériorise pas un problème, l’enfant naîtra avec le cordon autour du cou. Une maladie qui n’est pas soignée peut se transformer en maladie différente et plus grave. La mort résulte d’une transgression commise par la personne elle-même ou par un membre de sa lignée. Elle peut venir aussi d’un acte de sorcellerie d’un vivant. Un bain, après la levée du deuil autorise la reprise des rapports sexuels. Il faut aussi que les tissus rouges mis à cette occasion autour des poignets et des chevilles, tombent. Les différentes parties du corps et leurs symboliques. Opposition très nette entre le HAUT et le BAS. Le haut (tête (ede), nuque, poitrine, épaules, le dos) tient et maintient en vie la personne. Le bas (ventre et organes génitaux) accueille les futures vies, les maladies et la mort. Les « pieds-jambes » appartiennent aux deux à la fois. Opposition aussi entre DROITE et GAUCHE. La main droite mange, la main gauche essuie. Opposition également entre AVANT et ARRIERE que nous retrouverons aussi dans l’organisation des habitations. Division en trois parties essentielles : tête, souffle-du-cœur et ventre. La peau, enveloppe, distribue et reçoit les mauvaises influences de l’extérieur. La tête ou le visage (fosi). Spiritualité. Siège de l’Akaa. Parfois le siège de maladies reconnues (vertiges, convulsions, épilepsie). Le plus souvent, c’est l’Akaa qui fuit. Les yeux sont nets si l’Akaa est bon, troubles si la personne est possédée. Les yeux sont des orifices privilégiés à l’entrée et à la sortie des esprits. Un animal interdit ne doit pas être regardé, ni touché, ni avalé. La bouche est aussi un orifice très important qui conduit toute chose au ventre. La parole est très importante. Elle véhicule les bons et les mauvais échanges au sein du groupe. Elle peut aussi dissimuler pour protéger. Une femme menstruée ne pourra pas monter dans une pirogue sauf il elle le cache. « Mofu bita » (bouche amère) amène la personne à cracher souvent. Un torticolis peut être du à une chute du larynx (qui, comme le cœur et la matrice, peut « tomber de coté »). Il doit y avoir beaucoup de bouches amères à St laurent du Maroni !! Le « souffle-du-cœur ». Pensée-émotion-motivation individuelle. Le chagrin, la rancune, la colère, l’envie, la jalousie, la passion amoureuse le perturbe. La tendresse, l’affection sont bons pour lui. L’Akaa retient le cœur. Si il fuit, il le lâche et il tombe. L’auscultation, là, est importante pour savoir si il faut le remonter par des massages,, des cataplasmes, des remèdes. Il est alors tenu en place par des bandes. S’il tombe sur le ventre, il coupe l’appétit. Une charge trop lourde où un trop gros effort peut aussi le « décrocher » ! Ahhhhhhhhhh, je comprends ! Il n’y a pas que la chaleur !! Organe creux, il peut être envahi par le vent, le froid, les vers. Il peut aussi absorbé de l’eau dans sa chute. (Oppression, fatigue, asthme, douleurs gastriques…) Le « souffle-du-cœur » est au centre de l’aspect mécanique d’un symptôme (victime sans l’intervention d’un esprit) et d’un aspect socio-métaphysique qui dérange un esprit qui le punit. Le Sang. Il est la force vitale, énergétique : le Kaakti. Il est le support de la transmission héréditaire et métaphysique. Il est le lien avec les instances cosmiques. Le nouveau né doit avoir le front et les membres badigeonnés avec le sang du cordon ombilical. Le placenta devra être enterré derrière la maison pour ne pas être dévoré par les chiens, ce qui mettrait fin à la vie du nouveau né. Ce placenta est censé être un coussin pour l’enfant et une protection pour la mère contre les coups du fœtus. La belle couleur rouge du sang est très importante. Il faut toujours faciliter l’écoulement de ce sang, à toutes occasions : ouvrir les furoncles, prendre des plantes qui liquéfient le sang… Le Dos. Il représente l’autorité-pouvoir, l’appui spirituel, le soutien et la solidité. Il est très malmené par le travail à l’abattis mais aucune interprétation n’est faite en cas de douleur. Le Ventre. C’est toute la partie située sous le « souffle-du-cœur ». C’est une zone primordiale. Il n’y a pas de distinction entre la matrice et le ventre. Le ventre de l’homme ne peut recevoir que des influences destructives. Celui de la femme est porteur de toutes les implantations transformatrices. Il « doit » être plus important en volume que celui de l’homme. Est-ce un peu pour ça que je vois les femmes, ici, arborer fièrement leur gros ventre, même en dehors d’une grossesse. Il est d’ailleurs très difficile de savoir si elles sont enceintes ou non. La grossesse est désignée par « abi pinkin béé, abi bigi béé, towé béé » (avoir petit ventre,avoir un gros ventre, faire tomber le ventre= avorter). L’hystérectomie est très mal vécue. Le « ventre » est aussi le corps social de la lignée maternelle. La grossesse de l’une des femmes entraîne un renflement symbolique à un ongle d’une autre femme de la même lignée. Le ventre est habité par des « vers »(vrais vers et bactéries ?). Certains sont bons, d’autres méchants. Le gros intestin semble être un de ces « gros vers ». Le nombre utile de vers est bien précisé pour chaque individu. Ce nombre augmentent trop en cas d’alimentation mal adaptée et ils remontent alors dans les poumons et le « souffle-du –cœur ». Ils causent alors des spasmes (atteintes pulmonaires) puis des nausées (quand ils cherchent à sortir). Le « ventre » peut enfler, se déplacer (règles douloureuses), tomber et boucher les orifices inférieurs (stérilité). Il peut être ensorcelé ou possédé par un esprit qui le dévore. Le « vent » (ou « froid » ou « air ») est extrêmement important, contraire à la vie et c’est le moyen de transport des maladies divines. Malgré la fréquence des fièvres sous ce climat équatorial, le froid est beaucoup plus craint que la fièvre sur le plan symbolique. Le ventre est creux et donc très vulnérable au froid, à l’air, dont il peut se remplir, surtout quand il est vide (en dehors d’une grossesse ou quand on ne mange pas assez souvent). C’est peut-être ce qui explique pourquoi nous voyons ces femmes toujours enceintes (sans parler des allocs) et toujours en train de manger (d’où un diabète, une obésité et des maladies cardiovasculaires extrêmement fréquentes en Guyane du fait du changement d’alimentation).
Les esprits et les morts peuvent s’y installer et y semer des maladies dont la liste est très longue. « L’esprit de la termitière », une « liane entortillée » peuvent si introduire mais sans féconder. Les femmes, en prévention, s’asseyent matin et soir au dessus de bains de plantes chauds. Ces ablutions ont aussi pour buts de se débarrasser des secrétions vaginales, très mal vues des esprits et de rétrécir le vagin pour le plus grand plaisir de leur(s) partenaire(s). Le don du « pot de chambre » fait partie, comme le don du pagne, du rituel signant le passage au statut de femme. Après un accouchement, le ventre élargi par la grossesse est particulièrement vulnérable. Les accouchées ne boivent que de l’eau tiède pendant trois jours et ensuite bouillie et rafraîchie pendant trois mois. Elles ne peuvent se baigner dans le fleuve qu’au bout de trois mois et seulement le midi quand l’eau est bien chaude. Enfin, pendant huit mois, elles portent une étoffe entre les jambes pour empêcher le froid de rentrer. J’ai enfin compris la signification de cette ceinture de ficelle, à laquelle est rattaché un bout de tissu, que je voyais chez beaucoup de mes patientes. Et j’ai aussi compris pourquoi toute mobilisation des jambes en écartement était parfois très difficile à faire accepter : Elle permet au « froid » de rentrer. Les « pieds-jambes ». Ils conduisent le froid et les maladies vers le « ventre » et le « souffle-du –cœur ». On s’enduit parfois les jambes de kaolin pour les « resserrer », les « fermer ». Les pieds sont « l’autre extrémité », avec la tête, de la spiritualité, à cause de leurs contacts avec la « terre-mère ». Ils sont très souvent le siège de maladies psychosomatiques. La peau. C’est l’enveloppe qui fonctionne comme un orifice, au même titre que la bouche, l’œil, le vagin. Elle peut donc laisser entrer les maléfices et les maladies. S’asseoir sur un banc préalablement occupé par une personne malade peut entraîner des MST. Les bains de plantes sont préférés aux breuvages. Sa couleur est très importante. Sa trop grande blancheur évoque les morts, censés être blancs, Les échanges avec le milieu. Odeur, sueur, urines, selles, lait maternel, sang menstruel, sécrétions sont d’une importance capitale sur le plan mécanique, bien sûr, mais aussi sur le plan spirituel. Elles peuvent servir de médium. Les effluves d’un cadavre peuvent être mortelles pour les fossoyeurs qui ne s’en protègent pas. Toutes les excrétions et déjections peuvent « offenser » les esprits. Leur libre circulation doit être assurée sous peine de « pourriture ». La société doit se protéger de la promiscuité de ces substances, surtout de celles venant de la femme. L’arrière de la maison leur est réservé. Les femmes menstruées (pas les jeunes filles, ni les femmes ménopausées) doivent se tenir au fond du quartier ou du village. Attention aux MST si on s’asseoit sur un banc après une personne malade. Attention si on met ses sous vêtements, même lavés. Attention si on marche sur son urine. Les selles d’adultes sont les plus puissantes ; Le « sorcier » est celui qui défèque dans la maison ou sur le chemin menant à l’abattis de sa victime. Le sperme n’est porteur d’aucune maladie ou malédiction, alors que la femme, elle, est astreinte à des ablutions matin et soir. Un homme ne s’essuiera jamais avec une serviette, même lavée, qui aura servie à sa femme. Aucun ustensile de cuisine ne doit pas avoir été posé sur un banc, une chaise ou un lit où aurait pu s’asseoir une femme. La femme, le lendemain de ses règles, se recouvre de kaolin sur les épaules et le sternum pour annoncer qu’elle « est sortie de la maison de la lune ». L’abstinence sexuelle est de mise, pour les deux sexes, pour le patient et pour le soignant, toute la durée de certains soins. La nourriture et le rapport sexuel sont mis sur un même plan : « on met du sel dans la casserole, il y a du sucre sur le biscuit… ». Les deux sont très symboliques. ……………. Et actuellement, en 2009, qu’en est-il ? Dans une société en perte de ses manifestations de spiritualité positive, les rites d’affliction et les cultes anti-sorciers représentent la majorité des cérémonies. Avec une population de plus en plus urbaine, ou migrante entre la côte et les villages, la sorcellerie « bakuu » est très pratiquée. Des noirs marrons jaloux ou envieux achètent des petits bonhommes fabriqués moitié de bois, moitié de chair humaine et animé d’un fantôme pour rendre malade et tuer.. Le diagnostic intra utéro n’est pas toujours pris en compte car un esprit peut embrouiller le médecin ou l’écran. Le diabète devient de plus en plus fréquent avec l’abandon d’un régime basé sur les produits de l’abattis, de la collecte, de la chasse et de la pêche. Avant les années soixante, les adultes appréciaient peu les sucreries, sodas, chips… Quand il est diagnostiqué, il est soigné à la fois par la médecine occidentale et par les plantes traditionnelles. En cas d’hospitalisation de longue durée, les esprits sont parfois accusés de retarder les résultats d’examens et amènent parfois à arrêter les traitements. Le lit du malade est un véritable forum social d’examens de conscience et d’accusations mutuelles.
… Toute interprétation exige de la foi. Ainsi les certitudes du médecin ne le sont que pour lui. Ce qui nous est plus familier nous paraît plus vraisemblable…. Vous m’avez lu jusqu’au bout ? Bravo ! Si vous voulez en savoir plus, sachez que cet article n’est qu’un bref condensé d’un livre très riche et un peu complexe écrit par D. Vernon. 1992 « Les représentations du corps chez les noirs marrons Ndjukas du Surinam et de la Guyane française ».

samedi 9 août 2008

79 - Le Mariage chez les Ndjukas

Nous fêtons aujourd'hui nos 35 ans de mariage ... Ici, dans notre entourage, nous faisons figure d’exception, je devrais dire d’extra-terrestres ! Beaucoup de couples reconstitués. Beaucoup de relations hors mariage. Beaucoup de célibataires ou tout comme quand les conjoints sont restés en métropole ( ceci pour les métros ). Et puis, les traditions des uns et des autres sont tellement différentes : Hmongs, Amérindiens, Créoles, Haïtiens, Chinois, Métros, Bushinengés (Paramakas, Alukus, Saramakas, Ndjukas…)

J’ai donc pensé que c’était l’occasion de vous parler du « Mariage », tel qu’il est organisé chez les Ndjukas, très nombreux autour de St Laurent du Maroni et de Mana. Les Ndjukas sont des descendants d’esclaves africains qui ont fui l’esclavagisme au XVII° et XVIII° siècles. Ils sont ainsi dénommés aussi « Noirs marrons » (le maronnage étant la fuite). Ils viennent surtout du Surinam et se sont installés le long du fleuve Maroni.

La société Ndjuka est basée sur la « matrilinéarité » (filiation à base maternelle). Tout « mariage (libi anga = vivre avec) commence par de longues tractations entre les femmes des deux familles des deux « protagonistes ». Il s’ensuit également des libations aux ancêtres et aux "esprits". La jeune fille aura auparavant reçu le « don du pagne », quand sa mère (celle qui l’a faite ou celle qui l’a élevée) l’aura jugée prête à procréer, quelque soit son âge. Les mariages forcés n’existent pas mais ils peuvent être « arrangés ». Le contrat de mariage: - Pour le mari :

Défricher une zone de forêt pour que la femme puisse cultiver son manioc et d’autres choses. Chasser et pêcher pour nourrir sa famille. Fabriquer une pirogue. Fabriquer la literie, une batterie de cuisine. Les hamacs sont moins utilisés que chez les amérindiens. Assurer à son épouse: « le sel, le savon et l’huile pour la lampe ». L’ « honorer » régulièrement. la fréquence n’est pas précisée ! Il n’a pas le droit de divorcer en dehors d’une faute avérée de son épouse. A part cela, il est totalement libre de sa vie personnelle : maîtresses, aventures, voyages… - Pour la femme :

Fidélité à l’époux. Elle pourra sinon être battue ainsi que son amant par son mari et ses frères. Assure les taches domestiques. Soumission au mari pour toute activité extérieure. Elle peut à tout moment , si elle s’estime négligée ou opprimée, rejeter son mari. Ce rejet lui rendra très difficile de trouver une nouvelle femme. Cette difficulté rejaillira également sur les frères de son mari. La femme ne peut pas vendre elle-même un produit de son « abattis » ou de sa pratique artisanale. Les femmes disent volontiers qu’elles portent leur « trésor » entre leurs jambes. (Maintenant, elles parlent de leur « compte en banque"). Toutes ses règles sont garanties par les parents, oncles et frères. La polygamie est tout à fait reconnue et même semble « obligatoire » pour beaucoup. Pour avoir une deuxième et même une troisième femme, l’homme devra prendre les mêmes engagements qu’avec la première. Il devra aussi avoir l’autorisation de sa première femme qui saluera la nouvelle venue par un « gi odi » (donner le bonjour). Autant dire que la vigueur physique et sexuelle de l’homme risque d’être mise à rude épreuve… si il respecte ses engagements. Mais quel honneur aussi ! Alors, de plus en plus souvent, à cause des familles dispersées qui ne peuvent plus contrôler, ils prennent plutôt des « maitresses ». Le mariage ne scelle aucune propriété commune. Ceci rend la séparation beaucoup plus simple ! En cas de grossesse avant mariage, les femmes des deux familles palabrent longtemps et l’homme aura trois mois après l’accouchement pour décider de se marier ou pas. Une personne mariée a bien meilleure réputation qu’un ou une célibataire. Le lien du mariage ndjuka, dûment agréé par les familles n’est jamais pris à la légère.

Mais ce lien peut-être facilement défait si : - La femme trompe son mari. Si elle n’assure pas bien le quotidien. - Le mari ne tient pas ses engagements. Si il bat sa femme sans raison ( les familles jugeront). - L’un ou l’autre sont accusés de sorcellerie. Il n’est pas rare de voir des femmes ayant vécu avec quatre, cinq voir plus de maris différents et d’avoir eu des enfants avec chacun d’eux. Le mariage prend toute son importance dans le deuil ou la maladie. Chacun doit assistance à l’autre. Le deuil n’autorise pas les relations sexuelles. sauf occasionnellement avec une deuxième épouse pour le mari ! Les ancêtres et les « esprits » vengeront le défunt qui n’est pas respecté. Le deuil dure de trois mois à deux ans (il tend à se raccourcir de plus en plus). La veuve appartient durant tout ce temps à la famille du défunt. Et les enfants dans tout ça ? En 2006, une "maman" a accouché alors qu’elle n’avait que 9 ans et ½. Il n’est pas rare de voir des jeunes lycéennes et même collégiennes enceintes. Une femme a souvent 9 ou 10 enfants de plusieurs pères différents. ( il faut voir les cartes vitales pour y croire !) Les femmes sont presque totalement responsables des enfants même si l’oncle maternel dispose d’une grande autorité sur eux. L'enfant appartient à la mère. Elles décident du traitement à faire ( traditionnel ou français) si l’enfant est malade. Elles peuvent décider de le donner à quelqu’un de leur famille qui « en aurait besoin ». (C’est fréquent sur le Haut Maroni.) Qu’en est-il de tout cela en Guyane avec le RMI, les ALLOCS et toutes les prestations distribuées par l’état français. L’enfant né en France ouvrira les droits aux allocs uniquement si le parent bénéficiaire est en situation régulière. C’est habituellement l’homme qui doit s’occuper des « papiers ("pampila") » puisque lui, peut circuler plus librement. ...Il « oublie » souvent. Il est évident que s’il procure des papiers à sa femme et qu’elle devient « régularisée », celle-ci touchera elle-même toutes ces prestations… Si le père a reconnu l’enfant, et que sa femme n’est pas française, c’est lui qui les touchera. Les reversera-t-il intégralement à la famille ? N’entretiendra-t-il pas une maîtresse avec ? Est-il donc si intéressant que ça pour une femme de faire reconnaître ses enfants ? En tout cas, ces « allocations braguettes » sont souvent la cause de bagarres, de coups et même parfois de meurtres ! Un grand changement se fait jour… De plus en plus de femmes se convertissent à l’une des religions protestantes très présentes en Guyane et se libèrent ainsi des traditions. La polygamie devient un pis aller par rapport au célibat, toujours très mal considéré. La scolarisation des enfants les rendent de moins en moins dépendantes de leurs maris. Leurs enfants peuvent les aider à faire les démarches nécessaires à l’obtention des si « précieux papiers ». De plus en plus de jeunes filles veulent faire des études et gagner leur vie. Les hommes perdent de plus en plus de leurs prérogatives d’autant plus que la plupart sont chômeurs ou Rmistes. Le viol, malheureusement encore trop fréquent, est maintenant, rendu publique et dénoncé auprès des autorités françaises. Ce n'est pas encore toujours le cas mais la famille de la jeune fille se contente de moins ne moins souvent de la vengeance des « esprits ». On comprend, à cette étude, que les femmes ndjukas considèrent le mariage occidental comme quelque chose de trop définitif car elles le croient assorti des mêmes contraintes ( dans la vie et dans le deuil ) que dans leurs traditions. Elles le trouvent donc beaucoup trop compliqué et trop cher à défaire. D.V. Anthropolgue. Voilà pourquoi nous sommes des extraterrestres…

Sur le marché de St Laurent.

Quand trouver tel ou tel produit frais sur le marché ?
Consulter l'article "Le marché de St Laurent" dans la colonne de droite.
Vous pouvez aussi voir toutes les photos "gastronomiques" avec leurs légendes sur:
http://picasaweb.google.com/cdleroux/GastronomieEnGuyane#