Malheureusement, la Guyane n'est pas épargnée par certains fléaux, dont la prostitution infantile.
Elle prend même ici des proportions terribles.
Voici un rapport publié avant l'été et qui vient d'être relayé par notre journal local.
Grossesses précoces : quand la prostitution s'en mêle
France-Guyane 14.09.2010
L'année dernière, 80 cas de grossesses chez des jeunes filles âgées de 13 à 15 ans ont été dénombrés à Saint-Laurent. C'est quarante fois plus qu'en France.
En 2009, 8% des femmes qui ont accouché en Guyane étaient mineures, contre 0,5% en France. Si dans l'Ouest guyanais le problème reste culturel, un autre phénomène, la prostitution occasionnelle, en est une des causes.
L'hôpital Franck-Joly de Saint-Laurent comptait, l'année dernière, 80 cas de grossesses chez des jeunes filles âgées de 13 à 15 ans. C'est quarante fois plus qu'en France. Une situation qui devient alarmante car elle est banalisée et qui ne s'explique pas toujours par une simple rencontre amoureuse.
Dans quelles circonstances ?
Les cas de grossesses précoces admettent plusieurs causes. Parmi celles-ci, la prostitution occasionnelle. Un phénomène récent qui prend une ampleur alarmante auprès d'adolescents qui ont parfois moins de 15 ans.
Certains jeunes entretiennent des relations sexuelles avec des hommes et des femmes contre des cadeaux (téléphones portables, vêtements, scooters...) ou des services.
D'après le Dr Gabriel Carles, chef du service gynécologie obstétrique de l'hôpital de Saint-Laurent, la plupart des jeunes ayant recours à la prostitution occasionnelle sont des jeunes filles qui sont pour la plupart en échec scolaire et qui ont des problèmes d'ordre économique. « Elles sont très jeunes et si nous partons du fait qu'elles sont mineures et que la plupart des hommes qu'elles fréquentent sont âgés de 25 à 30 ans, on peut déjà considérer que c'est un abus de pouvoir. Bien que cela paraisse banal pour eux, c'est déjà un crime » , s'indigne le Dr. Carles. Il ajoute que certains hommes font la sortie des lycées car ils savent que ces filles sont dans le besoin et qu'ils ont alors beaucoup de chances de repartir avec l'une d'elles.
Une enquête a été menée l'année dernière à Saint-Laurent, sous l'autorité du Centre d'investigation clinique et d'épidémiologie clinique de l'hôpital de Cayenne. Elle portait auprès de personnes majeures ayant eu recours à des activités de prostitution et a permis de porter un regard sur les jeunes qui seraient aussi acteurs de ces activités. La prostitution juvénile, bien qu'occasionnelle, se fait de plus en plus présente dans la commune saint-laurentaise. Malgré le fait qu'elle soit encore taboue, c'est un fait admis et pratiqué régulièrement.
« La vision du respect du corps et la considération du rapport sexuel n'auraient, a priori, pas de valeur. On peut monnayer son corps contre un bami à 3,50 euros » (Un bami est une préparation surinamienne d'origine javanaise, composée de pâtes au soja, accompagnées de poulet, concombre)., explique un médiateur d'une structure associative dans le rapport, soulignant la réalité d'un phénomène sans limites.
Ce rapport fait aussi état d'autres pratiques des adolescents : réunions orgiaques, films pornographiques, recherche d'un tuteur qui puisse assurer une rémunération tous les mois contre des relations sexuelles.
Tout cela favorise la croissance exponentielle des grossesses précoces. Pourtant, les dispositifs de prévention ne sont pas encore assez importants : « Seules les infirmières des établissements scolaires sont tenues de parler du problème avec les jeunes, mais ce n'est pas suffisant pour lutter contre ce phénomène qui prend une grande ampleur, souligne le Dr. Carles. Ce genre d'activités reste dans l'impunité la plus totale, et n'est pas considéré comme une sorte de prostitution. Tel est notre problème » .
Des témoignages explicites
Acteurs et intervenants parlent des actes de prostitution juvénile dans le rapport du Centre d'investigation clinique. En voici quelques extraits.
Un homme de 45 ans
« Il est où le problème ? J'ai 45 ans et ma « petite » en a 16... Elle est totalement consentante. Je ne vois vraiment pas où est le problème. Vous savez, ici, les filles sont mûres plus rapidement... Par contre, ça m'est déjà arrivé d'avoir des propositions avec des gamines, où là, tu dis non ; elles sont à peine formées... »
Une femme de 18 ans, mère au foyer
« J'ai trois enfants et je vis dans une maison vieille et sans électricité. J'ai fait un dossier pour avoir un logement. Le monsieur m'a dit qu'on pouvait s'arranger et que j'aurai un logement rapidement... Mais moi, je veux pas coucher avec cet homme... »
Un agent de la mairie
« Au camp de la Transportation, il n'est pas rare que des jeunes (15 ou 16 ans) fréquentent les bâtiments désaffectés. Le scénario « classique » est composé d'une fille et trois garçons. Deux des garçons surveillent alentours et les jeunes « se relaient » . La cotisation s'élèverait à 20 euros « entre copains » pour payer les services de la fille. »
Un jeune homme de 15 ans
« Un sponsor ? C'est quand tu trouves quelqu'un qui paye ce que tu as besoin pour l'école, qui te fait des cadeaux, qui t'aide... Mais c'est pas grave de faire (l'amour) avec lui. J'ai un copain qui fait ça, il est pas pédé, parce que c'est toujours lui qui décide, et il gagne 100 euros. »
Un homme de 39 ans
« C'est vrai que c'est interdit par la loi, mais vous savez, on est que des hommes... Les jeunes sont tellement aguichantes, vous avez vu leur manière de s'habiller ? Et puis, elles n'ont vraiment pas froid aux yeux ; elles sont formées... Ce n'est pas si évident de résister. »
Un enseignant
« Des signalements en cas de grossesses de mineures de moins de 15 ans sont effectués (12 ans pour l'une d'entre elles), mais si le consentement entre partenaires est établi, il n'y a pas de suite » .
Un policier
« ... Ces personnes ne s'identifient pas comme ayant une activité de prostitution. Par exemple, la bière n'est pas considérée comme de l'alcool, le cannabis n'est pas perçu comme une drogue ; et le fait d'échanger son corps contre un plat de riz ou un vêtement n'est pas considéré comme une forme de prostitution. »
Un médecin du Centre d'information et de dépistage et de diagnostic des IST
« La situation de la prostitution « visible » (professionnelle) de Saint-Laurent a changé depuis quelques années, dans le sens où davantage de jeunes filles de 15 à 17 ans exercent cette activité. »
Un coordinateur de l'enquête
« ... Dans le cadre d'actions de prévention Réduction des risques sexuels menées par l'association AIDES, une jeune fille âgée de 13 ans m'interpelle et me soumet l'invitation suivante : « Monsieur, est-ce que ça vous dit qu'on essaie ensemble les préservatifs que vous avez donnés ? Je sais faire plein de choses vous savez... »
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