Nous allons passé ce WE au camp Cisame, situé prés de REGINA, à 115km à l’est de Cayenne. C’est toute une expédition et c’est pourquoi nous profitons de ce WE de quatre jours. Ce sera notre Noël à nous.
Voyez sur cette carte l’emplacement de ce camp... le petit cercle rouge en bas et au milieu, perdu dans la forêt...
Ce n’est pas sans appréhension que j’envisage la route entre Cayenne et Régina car elle est de temps en temps le siège de braquages à mains armées et il s’en est justement produit un ce lundi. L’automobiliste à qui c’est arrivé a raconté à Dominique qu’il s’était fait dépouillé de toutes ses affaires, y compris de sa voiture et qu’on l’avait laissé sur place à 19h sans aucun moyen d'appeller à l'aide. J’ai essayé, en vain, de joindre les autres personnes qui avaient réservé le même séjour que nous afin de partir en convoi.
En plus, cette période de fêtes, comme tous les ans est toujours marquée par une reprise de l’insécurité. Rien qu’à St Laurent, dans la nuit de mardi à mercredi, il y a eu 5 attaques à mains armées sur des commerçants et des particuliers, sans compté les cambriolages « simples ». Un brésilien est mort en voulant défendre sa femme.
Voilà pour l’ambiance !!!
Bon, mais si on s’arrête à ça, on ne fait plus rien… et puis, on part le matin vers 7h, il y aura certainement d’autres voitures à cette heure là…
Après une matinée de boulot, on embarque pour Cayenne où nous arrivons, "com d'hab" 3 heures après. Nous nous étions arrêtés pour déjeuner à Sinnamary, au restaurant « Le Pakira », près du fleuve. Nous y avons retrouvé, pur hasard, Patrick, la seule personne que nous connaissons la bas !! Nous avions passé la soirée chez lui et sa femme lors de notre essai de balade pour voir des ibis rouges.
Nous profitons d’être de bonne heure dans la "capitale" pour faire quelques magasins en centre ville mais nous nous lassons bien vite. Nous en avons juste profité pour renouveler nos chaussures qui s'usent très vite ici à cause de l'humidité.
Nous allons déposer nos affaires dans la chambre d’hôte que nous avions réservé. L’ « Oyasamaïd » est une grande maison très agréable dont la cour est ornée de fresques « trompe l’œil » superbes. Je m’y suis laissée prendre en arrivant.
Le grand carbet « petit dèj » est également bien arrangé.
Par contre, il règne dans la chambre une odeur indéfinissable, un peu celle d’un vieux fromage qui me fait téléphoner à l’hôtesse en lui demandant une autre chambre. je ne me vois vraiment pas dormir dans cette « boîte à camembert ».
Elle arrive et nous explique que c’est l’odeur du bois de Guyane dont est fait le plancher et que une fois la chambre aérée et climatisée, nous ne sentirons plus. C'est bien la première fois que nous rencontrons ce problème.
Il y a bien une autre chambre libre, carrelée mais elle n’est pas prête.
Bon, OK, on essaye…
Nous retournons en centre ville pour dîner à « L’entracte », une pizzeria très sympa.
Effectivement, en rentrant, l’odeur est moins forte… mais seulement moins forte…
Nous avons survécu. Et nous prenons la route, comme prévu, à 7H.
Jusqu'à Cacao, ça va à peu près mais après, elle est pire que celle reliant Albina à Paramaribo au Surinam ! Des trous, des trous, encore des trous... des bas cotés effondrés... terrible ! Une fois passé le barrage militaire de Bélizon, elle a été réparée et est moins dangereuse.
Nous arrivons sans dommage: pas de braquage, pas de pneus éclatés, tout va bien, OUF !
Marie, la responsable du camp, et Enor, le guide et piroguier amérindien nous reçoivent près de l'embarcadère et nous attendons ensemble l'arrivée de sept autres personnes.
Le trajet d'une heure et demi en pirogue sur l'Approuague est à la fois très agréable et très impressionnant car il nous faut passer trois "sauts" avant d'arriver à Cisame. Enor se faufile à toute vitesse entre les nombreuses roches... remonte des rapides... rase la mangrove par endroits et revient très vite au milieu du fleuve... Il faut avoir confiance !!!
Voilà une photo prise sur un autre fleuve pour vous donner une idée.

Pour lui, à cette époque de saison des pluies, c'est du gâteau, nous dit-il, car il y a beaucoup d'eau et on n'est pas obligés de descendre tous de la pirogue pour la faire passer à certains endroits comme c'est le cas en saison sèche. Nous avons tous aimé les petits frissons dus à ce trajet...
La nature s'est parée de guirlandes de graines de wapa de toutes les couleurs, blanches, vertes, rouges, brunes et de nids de caciques pour fêter Noël... Un régal des yeux !
Espace, propreté, authenticité, tranquillité...
Celui ci est notre carbet couchage. Il est spacieux et comme nous ne sommes pas nombreux, nous nous étalons un max. Il est prévu pour 15 et nous sommes quatre seulement. Un jeune couple: (Frank et Laurence) vient s'installer avec nous. Les autres pensionnaires sont installés à quelques pas de là.
En plus des carbets "restaurant", "toilettes", "techniques", des carbets logements pour les responsables du camp et des amérindiens qui aident à l'organisation", il y a aussi un carbet "palabre" qui est magnifique. Un artisant de Régina y a fabriqué tout le mobilier. Marie en a peint le sol.
Une fois les hamacs installés, nous allons nous rafraîchir dans une crique aménagée, en contre bas des carbets. L'eau y est très claire et très fraîche: un vrai régal ! Il n'est pas conseillé de se baigner seul dans l'Approuague où le courant est trop fort.
Ce n'est pas grave puisque nous devons revenir au camp à la nage, en se laissant porter par le courant. Quel Bonheur de se laisser dériver sur ce fleuve, en pleine forêt, avec pour seul bruit, celui des animaux: oiseaux, insectes, et SINGES HURLEURS.
A peine de retour, nous récupérons des "battées" pour nous initier à l'orpaillage traditionnel.
Malheureusement, la pluie ne nous laisse pas assez de répit. Nous aurons juste le grand plaisir d'en apercevoir une ou deux, des paillettes, pas des pépites bien sûr, avant que les gouttes impressionnantes de la pluie ne viennent tout "chambouler"... ce n'est pas grave. On ne comptait pas la dessus pour nous enrichir...
On se change, on se met au sec et on farniente un peu avant l'heure de l'apéro. Dominique se régale du spectacle des caciques qui font leurs nids en allant décrocher des fils de graines de wapa ou en les volant à d'autres caciques. Quelle activité débordante... et quels cris aussi !
Il est temps de vous faire les présentations:
Un couple autour de la quarantaine. Lui est écrivain. Elle, est la seule créole du groupe.
Un jeune couple et sa mère à elle, Jeannette, enseignante, très... comment dire... "rigolote ?" Le garçon, lui, est Calédonien, étudiant en France. La jeune fille, Loïs, a toujours vécu en Dom Tom, et est actuellement en 5° année de dentiste également en France.
Le jeune couple qui se trouve dans le même carbet que nous: Franck est enseignant universitaire, passionné de biologie animale et de... photos. Laurence travaille dans la même faculté, et fait de la recherche en anapath.
Petit groupe très hétéroclite mais bien sympathique.
Loiz, son copain, Dominique et Enor.
Je profite de ce moment pour m'initier par Enor et Yolande, sa femme, au billard hollandais.
Je voudrais tellement profiter de cette ambiance merveilleuse de nuit en forêt...
Il finit par se calmer et je peux enfin m'endormir agréablement, bercée cette fois ci, par les cris des singes hurleurs. Ça, j'aime beaucoup !
Comme à chaque fois que je dors en hamac, je me réveille sans raideurs du dos, ce qui est "vachement" agréable.
Ah, tiens, nous n'étions pas les seuls dans ce carbet !
A peine le petit dèjeuner pris, nous partons pour une balade en forêt de trois heures.
-" Cette fois-ci, mettez des vieilles tennis et attachez les bien car la "pinotière" est très marécageuse en ce moment. Vous risquez de les perdre dans la vase si vous ne les serrez pas bien."
Ça promet !!!
Effectivement, au début, le terrain est très "cool":
Enor nous montre un roucouyer: les graines servent de colorant pour la cuisine mais aussi pour certaines occasions traditionnelles chez les amérindiens. ( "les peaux rouges" ). Le roucou protège aussi des moustiques et est cicatrisant.
Arbre encens = Moni. Sert à faire du feu, à désinsectiser. Je fais d'ailleurs souvent des "boucanes" avec ce bois d'encens, à la maison, pour éloigner les moustiques et assainir le toit en palme de la terrasse. Les pêcheurs s'en servent aussi pour colmater leurs bateaux, un peu comme on le faisait nous, en Bretagne, avec le goudron.
Bambou "barbelé": Il a été importé en forêt pour protéger les habitations des animaux et il permet aussi d'assouvir sa soif en cas de sécheresse. Il est gorgé d'eau très pure.
Enor nous fait une démonstration d'escalade de palmier patawa ( ses fruits sont recherchés ), malgré l'humidité qui rend le tronc très glissant. Aucun d'entre nous ne réussit, ne serait ce que de décoller du sol !!!
Et après, ça se complique... Nous arrivons à la "pinotière". Cette zone très marécageuse est peuplée de palmier wassaï également appelé "pinot".
Et, les filles, vous nous souvenez de ce nectar violet de jus de wassaï que j'ai essayé de vous faire boire sur le marché ? Pas terrible, hein ?
C'est aussi de ce palmier que l'on extrait le coeur de palmier, si délicieux. Malheureusement, il faut sacrifier un arbre entier pour récupérer quelques centimètres de ce délice. J'ai pourtant eu le bonheur d'y goûter pour la première fois avant hier au restaurant Le Pakira à Sinnamary.
Alors là, Julie, même avec des bottes, tu n'y coupais pas, à la boue... Je pense même que tu aurais été obligée de les enlever...
Par endroits, nous nous enfonçons jusqu'aux cuisses et avons beaucoup de mal à nous extraire de cette gangue boueuse.
Il faut voir d'ailleurs le cimetière de chaussures orphelines qui se trouve à la sortie de ce passage. Je soupconne Enor de faire exprès de les laisser là pour le "fun" !
Heureusement, nous rentrons ensuite par le lit de la crique qui nous débarrasse de toute cette boue. Et c'est très agréable. A vrai dire, même cet épisode boueux n'a déplut à personne. C'est une expérience comme une autre. Elle nous permet de réaliser la difficulté qu'il y a à progresser en forêt profonde...
Nous retournons nous laver dans la crique près du camp avant de nous retrouver pour l'apéro et le déjeuner. Nous restons discuter jusqu'à l'heure de notre départ, prévu à 15h.
Et là, le DELUGE, mais alors vraiment, quand je dis le déluge, c'est vraiment le déluge...
Nous faisons le trajet de retour sous des trombes d'eau. Les gouttes de pluie sont énormes. Elles nous fouettent, nous piquent et nous obligent à nous enfouir sous nos capes qui n'arrivent pas vraiment à nous protéger. Comment fait Enor pour nous piloter dans ces conditions ? C'est fantasmagorique ! Quelle expérience !
Le soleil réapparait juste à notre arrivée à Régina, une heure et demi plus tard.
Le retour sur Cayenne se passe bien et comme si nous n'étions pas encore saturés d'eau, nous nous prélassons un bon moment dans le jacuzzi de notre chambre d'hôte ! Nous retrouvons notre odeur de camembert mais plus atténuée car notre hôtesse a, très gentiment, pris le soin d'aérer la chambre pendant notre absence.
Un bon repas au "Milles Pâtes" de Remire-Montjoly et Dodo.
Triste retour à la civilisation le lendemain. Nous voulons profiter de notre présence à Cayenne pour faire quelques courses. Nous mettons une heure à sortir du super-marché tellement il y a du monde... horrible...
Nous sommes contents de retourner à St Laurent où les embouteillages n'existent pas encore.
A bientôt... il nous tarde déjà de repartir dormir en forêt...
1 commentaire:
Ca avait l'air bien sympa votre "cadeau de Noel" - Bisous
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