Le début de notre séjour en Guyane se trouve à l'adresse:
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samedi 9 août 2008

79 - Le Mariage chez les Ndjukas

Nous fêtons aujourd'hui nos 35 ans de mariage ... Ici, dans notre entourage, nous faisons figure d’exception, je devrais dire d’extra-terrestres ! Beaucoup de couples reconstitués. Beaucoup de relations hors mariage. Beaucoup de célibataires ou tout comme quand les conjoints sont restés en métropole ( ceci pour les métros ). Et puis, les traditions des uns et des autres sont tellement différentes : Hmongs, Amérindiens, Créoles, Haïtiens, Chinois, Métros, Bushinengés (Paramakas, Alukus, Saramakas, Ndjukas…)

J’ai donc pensé que c’était l’occasion de vous parler du « Mariage », tel qu’il est organisé chez les Ndjukas, très nombreux autour de St Laurent du Maroni et de Mana. Les Ndjukas sont des descendants d’esclaves africains qui ont fui l’esclavagisme au XVII° et XVIII° siècles. Ils sont ainsi dénommés aussi « Noirs marrons » (le maronnage étant la fuite). Ils viennent surtout du Surinam et se sont installés le long du fleuve Maroni.

La société Ndjuka est basée sur la « matrilinéarité » (filiation à base maternelle). Tout « mariage (libi anga = vivre avec) commence par de longues tractations entre les femmes des deux familles des deux « protagonistes ». Il s’ensuit également des libations aux ancêtres et aux "esprits". La jeune fille aura auparavant reçu le « don du pagne », quand sa mère (celle qui l’a faite ou celle qui l’a élevée) l’aura jugée prête à procréer, quelque soit son âge. Les mariages forcés n’existent pas mais ils peuvent être « arrangés ». Le contrat de mariage: - Pour le mari :

Défricher une zone de forêt pour que la femme puisse cultiver son manioc et d’autres choses. Chasser et pêcher pour nourrir sa famille. Fabriquer une pirogue. Fabriquer la literie, une batterie de cuisine. Les hamacs sont moins utilisés que chez les amérindiens. Assurer à son épouse: « le sel, le savon et l’huile pour la lampe ». L’ « honorer » régulièrement. la fréquence n’est pas précisée ! Il n’a pas le droit de divorcer en dehors d’une faute avérée de son épouse. A part cela, il est totalement libre de sa vie personnelle : maîtresses, aventures, voyages… - Pour la femme :

Fidélité à l’époux. Elle pourra sinon être battue ainsi que son amant par son mari et ses frères. Assure les taches domestiques. Soumission au mari pour toute activité extérieure. Elle peut à tout moment , si elle s’estime négligée ou opprimée, rejeter son mari. Ce rejet lui rendra très difficile de trouver une nouvelle femme. Cette difficulté rejaillira également sur les frères de son mari. La femme ne peut pas vendre elle-même un produit de son « abattis » ou de sa pratique artisanale. Les femmes disent volontiers qu’elles portent leur « trésor » entre leurs jambes. (Maintenant, elles parlent de leur « compte en banque"). Toutes ses règles sont garanties par les parents, oncles et frères. La polygamie est tout à fait reconnue et même semble « obligatoire » pour beaucoup. Pour avoir une deuxième et même une troisième femme, l’homme devra prendre les mêmes engagements qu’avec la première. Il devra aussi avoir l’autorisation de sa première femme qui saluera la nouvelle venue par un « gi odi » (donner le bonjour). Autant dire que la vigueur physique et sexuelle de l’homme risque d’être mise à rude épreuve… si il respecte ses engagements. Mais quel honneur aussi ! Alors, de plus en plus souvent, à cause des familles dispersées qui ne peuvent plus contrôler, ils prennent plutôt des « maitresses ». Le mariage ne scelle aucune propriété commune. Ceci rend la séparation beaucoup plus simple ! En cas de grossesse avant mariage, les femmes des deux familles palabrent longtemps et l’homme aura trois mois après l’accouchement pour décider de se marier ou pas. Une personne mariée a bien meilleure réputation qu’un ou une célibataire. Le lien du mariage ndjuka, dûment agréé par les familles n’est jamais pris à la légère.

Mais ce lien peut-être facilement défait si : - La femme trompe son mari. Si elle n’assure pas bien le quotidien. - Le mari ne tient pas ses engagements. Si il bat sa femme sans raison ( les familles jugeront). - L’un ou l’autre sont accusés de sorcellerie. Il n’est pas rare de voir des femmes ayant vécu avec quatre, cinq voir plus de maris différents et d’avoir eu des enfants avec chacun d’eux. Le mariage prend toute son importance dans le deuil ou la maladie. Chacun doit assistance à l’autre. Le deuil n’autorise pas les relations sexuelles. sauf occasionnellement avec une deuxième épouse pour le mari ! Les ancêtres et les « esprits » vengeront le défunt qui n’est pas respecté. Le deuil dure de trois mois à deux ans (il tend à se raccourcir de plus en plus). La veuve appartient durant tout ce temps à la famille du défunt. Et les enfants dans tout ça ? En 2006, une "maman" a accouché alors qu’elle n’avait que 9 ans et ½. Il n’est pas rare de voir des jeunes lycéennes et même collégiennes enceintes. Une femme a souvent 9 ou 10 enfants de plusieurs pères différents. ( il faut voir les cartes vitales pour y croire !) Les femmes sont presque totalement responsables des enfants même si l’oncle maternel dispose d’une grande autorité sur eux. L'enfant appartient à la mère. Elles décident du traitement à faire ( traditionnel ou français) si l’enfant est malade. Elles peuvent décider de le donner à quelqu’un de leur famille qui « en aurait besoin ». (C’est fréquent sur le Haut Maroni.) Qu’en est-il de tout cela en Guyane avec le RMI, les ALLOCS et toutes les prestations distribuées par l’état français. L’enfant né en France ouvrira les droits aux allocs uniquement si le parent bénéficiaire est en situation régulière. C’est habituellement l’homme qui doit s’occuper des « papiers ("pampila") » puisque lui, peut circuler plus librement. ...Il « oublie » souvent. Il est évident que s’il procure des papiers à sa femme et qu’elle devient « régularisée », celle-ci touchera elle-même toutes ces prestations… Si le père a reconnu l’enfant, et que sa femme n’est pas française, c’est lui qui les touchera. Les reversera-t-il intégralement à la famille ? N’entretiendra-t-il pas une maîtresse avec ? Est-il donc si intéressant que ça pour une femme de faire reconnaître ses enfants ? En tout cas, ces « allocations braguettes » sont souvent la cause de bagarres, de coups et même parfois de meurtres ! Un grand changement se fait jour… De plus en plus de femmes se convertissent à l’une des religions protestantes très présentes en Guyane et se libèrent ainsi des traditions. La polygamie devient un pis aller par rapport au célibat, toujours très mal considéré. La scolarisation des enfants les rendent de moins en moins dépendantes de leurs maris. Leurs enfants peuvent les aider à faire les démarches nécessaires à l’obtention des si « précieux papiers ». De plus en plus de jeunes filles veulent faire des études et gagner leur vie. Les hommes perdent de plus en plus de leurs prérogatives d’autant plus que la plupart sont chômeurs ou Rmistes. Le viol, malheureusement encore trop fréquent, est maintenant, rendu publique et dénoncé auprès des autorités françaises. Ce n'est pas encore toujours le cas mais la famille de la jeune fille se contente de moins ne moins souvent de la vengeance des « esprits ». On comprend, à cette étude, que les femmes ndjukas considèrent le mariage occidental comme quelque chose de trop définitif car elles le croient assorti des mêmes contraintes ( dans la vie et dans le deuil ) que dans leurs traditions. Elles le trouvent donc beaucoup trop compliqué et trop cher à défaire. D.V. Anthropolgue. Voilà pourquoi nous sommes des extraterrestres…

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon anniversaire!
Bravo pour vos noces de rubis!(ça va te couter cher dominique!)
Tenez bon plus que 15 ans avant les noces d'or...

Claire et Dominique a dit…

Merci Laure de rappeller Dominique à ses devoirs !
Pour la poisse (commentaire article...? ), et bien oui, peut-être que tu nous la portes un peu car ce dimanche 10 aout, tu as préféré la belote à la pirogue et nous avons eu un temps magnifique, na na nère !!! As tu gagné ton tournoi, au moins?

Mariah a dit…

Great post tthanks

Sur le marché de St Laurent.

Quand trouver tel ou tel produit frais sur le marché ?
Consulter l'article "Le marché de St Laurent" dans la colonne de droite.
Vous pouvez aussi voir toutes les photos "gastronomiques" avec leurs légendes sur:
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